Plan méthanisation : ne met-on pas la charrue avant les bœufs ?

vendredi 5 avril 2013
par  Yan lou Pec
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Unité de méthanisation de Penkun : la dérive allemande
Dérive allemande : installation de Penkun, 20 ha, 1000 tonnes de maïs par jour et 12 000 ha cultivés nécessaires !(Cliquer pour agrandir)

En effet, il ne s’agit plus de considérer uniquement l’agriculture, mais d’appréhender le complexe agro-industriel dans son ensemble, de la semence à l’assiette du citoyen. Les émissions de gaz à effet de serre dues aux transports de millions de tonnes de denrées alimentaires sur des milliers de km dans des circuits de distribution toujours plus complexes, la transformation toujours plus sophistiquée des produits agricoles, les coûts énergétiques des engrais, des pesticides, du machinisme agricole, ainsi que les énormes quantité de nourriture rejetées par ce système, font du complexe agro-industriel le premier secteur d’activité en terme d’émissions mondiales de gaz à effet de serre. L’agriculture n’est qu’un maillon – souvent captif - de cette longue chaîne.

Martine Laplante, présidente des Amis de la Terre donne un exemple : « Quel le bilan CO2 réel d’un méthane produit à partir de lisiers de porcs nourris avec du soja cultivé à l’autre bout de la planète après destruction de forêts primaires ? Ne faudrait-il pas commencer par revoir complètement nos méthodes d’élevages, notre surconsommation de viande souvent de mauvaise qualité et produire les protéines en France ? Avant de vouloir produire de l’énergie, ne faudrait-il pas s’attaquer au complexe agro-industriel et revoir de fond en comble l’agriculture pour diminuer ces immenses gaspillages énergétiques ? »

Dans un de leurs rapports, les Amis de la Terre montrent que la France mobilise 33 millions d’ha de terres agricoles hors des frontières de l’Union européenne ! (1) Pour Christian Berdot, référent Agrocarburant « Il est nécessaire et urgent, avant toute chose, de mettre en place une politique qui fasse que la France se contente des terres à sa disposition. La méthanisation n’a de sens que si elle est pensée, de façon intégrée, à l’échelle d’un territoire et en équilibre avec d’autres usages des sols agricoles : pour les Amis de la Terre, la priorité est d’engager une transition vers une agriculture vraiment soutenable et non pas d’essayer de verdir les dérives du système agro-industriel ».

L’exemple allemand, avec l’extension des cultures de maïs en lien avec les projets de méthanisation (2), nous montre les dérives d’une politique - tout comme la politique éthanol de maïs en France - qui ne voit que la production d’énergie, aux dépens de l’environnement, des zones naturelles, des réserves d’eau.

Christian Berdot conclut : « Avant de vouloir produire de l’énergie, il s’agit avant tout de mettre en place une agriculture et un secteur agro-alimentaire qui « refroidissent » la planète en économisant l’énergie. La souveraineté alimentaire de la France et la relocalisation des activités agricoles doivent être deux priorités nationales. Ce n’est que dans ce cadre que la production d’énergie par l’agriculture peut être envisagée. »

NOTES :
(1) Rapport des amis de la Terre Europe : "Europe land’s imports dependency" , tableau page 5 http://foeeurope.org/sites/default/files/publications/FoEE_Briefing_Europe_Global_Land_Demand_1011.pdf
(2) Voir article du Spiegel : « Maïs, méthanisation et électricité : l’Allemagne, l’exemple à ne pas suivre » http://www.amisdelaterre.org/Mais-methanisation-et-electricite.html


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