Bill Gates : Après le G20, ambassadeur des OGM en Europe ?

dimanche 6 novembre 2011
par  Yan lou Pec
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Lors du sommet du G20, le milliardaire Bill Gates était la seule personne privée invitée. Il a notamment évoqué l’aide à l’Afrique et à son agriculture.

Mais nous n’oublions pas l’article que le Guardian a récemment publié sur les « Ambassadeurs pro-OGM » . Le journal avait obtenu des informations dont une partie n’a pas été publiée en France. En effet, il révélait la stratégie d’Europa-Bio - le plus puissant lobby pro-OGM européen - par rapport aux… ONG ! Et oui, Europa-Bio ne s’active pas seulement en direction de célébrités, mais aussi vers les ONG. On pouvait lire dans l’article du Guardian :

« Le document cherche aussi à persuader les ambassadeurs que leur position est largement partagée par « l’industrie, la communauté scientifique et que des ONG jouent déjà un rôle important en faveur des OGM. La Fondation Bill et Melinda Gates, par exemple, a soutenu et défendu l’utilisation des plantes GM et a dernièrement exposé six raisons de le faire. Mais il faut faire plus en termes de promotion et de communication, si nous voulons que des progrès importants et en temps voulu soient réalisés en liaison avec les plantes GM. »

Il est clair que les lobbyistes veulent diviser les écologistes en Europe qui ont habituellement accueilli les affirmations des firmes de biotechnologies avec beaucoup de scepticisme. « Un certain nombre de militants haut placés de grandes ONG environnementales sont très critique vis-à-vis des positions extrémistes et doctrinaires prises par la majorité des ONG écologistes par rapport aux OGM. Nous allons faire venir tout un éventail de militants écologistes pro-OGM d’ONG à Bruxelles pour un événement avec les parties prenantes, qui se concentrera sur la durabilité des OGM » [1].

La présence de Bill Gates à Cannes pour parler de l’Afrique est justement inquiétante, car sa Fondation y joue un rôle important dans l’introduction des OGM et du fait de sa croyance dans la technique. Voici un extrait d’une interview dans le Figaro (03/11/11) : « L’innovation a un impact direct sur le développement. Les pays ont besoin de nouvelles semences, en raison du changement climatique, de nouveaux vaccins face aux épidémies, de nouveaux outils pour les agriculteurs. Il faut développer des partenariats entre pays riches et émergents pour aider les plus démunis. Nous, fondations, pouvons y contribuer. »

Tout le monde comprend de quelles semences, il s’agit…

Le rapport que l’association GM Freeze vient de publier, arrive à point [2]. Cette association a analysé la politique de la Fondation Bill et Melinda Gates, en matière de développement agricole pour combattre la faim. Il s’avère que malgré une foule d’informations maintenant à notre disposition, cette fondation persiste dans une voie sans issu.

Le rapport révèle que la Fondation Gates continue à considérer les OGM comme la panacée et qu’entre 2005 et 2011, elle a attribué plus de 40% de ses dépenses consacrées à la recherche à ce domaine.

En février 2011, le Ministère du Développement britannique a décidé de collaborer avec la Fondation Gates. Les deux parties se sont engagées à mener des recherches dans la transformation de la photosynthèse du riz pour le rendre plus tolérant à la sécheresse. Monsanto essaye depuis des années de transformer le riz en plante de métabolisme C3, en plante de métabolisme C4.

Voici les explications que l’on peut trouver page 30 du « Rapport annuel des Amis de la Terre International sur la situation mondiale des OGM » :

« Le groupe des plantes avec un métabolisme C3 comprend la plupart des plantes : arbres, blé, riz, colza, etc... Les plantes avec un métabolisme C4, comme le maïs et la canne à sucre, utilisent de façon beaucoup plus efficace le CO2 et l’eau. Jusqu’à maintenant, il s’est avéré impossible de conférer avec succès, la tolérance à la sécheresse par manipulations génétiques, car cela nécessite des bouleversements profonds dans le fonctionnement métabolique de la plante.

Il est important de souligner aussi qu’aucune graine ne pourra ni germer, ni se développer en l’absence d’humidité, ce qui est souvent le cas lors des périodes prolongées de sécheresses en Afrique, Australie et Europe.

Monsanto a récemment déposé une demande d’autorisation de mise sur le marché pour un maïs résistant à la sécheresse et connu sous le nom de MON87460. Il est intéressant de remarquer que la firme évoque exactement ce problème :

« Dans des conditions d’apport d’eau limité, la perte du rendement en grains est réduite, par rapport à celle du maïs conventionnel. Cependant, le MON87460, comme le maïs conventionnel, pourra subir des pertes de rendement dans des conditions d’apport d’eau limité, avec un arrêt du développement des grains, particulièrement durant la floraison et la période de formation des grains lorsque le potentiel de rendement du maïs est le plus sensible au stress. En cas de déficit d’eau grave, le rendement du MON 87460 peut, comme pour des maïs conventionnels, être réduit à zéro. » (Demande de Monsanto, non datée)

Les informations pour l’instant disponibles, en provenance de Monsanto, ne comprennent aucune preuve que le maïs GM fonctionnera, même dans les conditions de stress hydrique limité comme décrites plus haut (Demande de Monsanto, non datée). »

Ce changement théorique du métabolisme du riz a été décrit comme « très risqué » par de nombreuses personnes, y compris la Royal Society, du fait de la complexité des changements à opérer pour le faire fonctionner, ainsi que de la forte probabilité d’un échec.

Alors que la Fondation Gates ne compte pas l’argent pour des recherches plus qu’hasardeuses, le rapport de GM Freeze révèle qu’elle n’a attribué que 20 millions de dollars (soit 4% d’un budget total de 521 millions de dollars) pour toutes les recherches concernant les sols. Elle admet bien que bien que certains sols africains sont dans un triste état, mais elle a préféré dépenser, de 2005 à aujourd’hui, près de 214 millions de dollars dans des recherches comprenant des biotechnologies, soit 10 fois plus que le budget de recherche sur les sols.

La Fondation Gates subventionne l’Alliance pour une Révolution Verte en Afrique (AGRA en anglais). Ce soutien doit permettre de distribuer aux petits paysans des engrais artificiels, soit 187 000 tonnes d’ici fin 2012 par l’intermédiaire de différents réseaux de grossistes et de vente au détail. Cela va coûter 164 millions de dollars, soit 8 fois plus que l’argent alloué aux recherches sur les sols !

Elle collabore étroitement avec les compagnies de biotechnologies Monsanto, BASF, DuPont, Dow, ainsi quavec la Fondation Syngenta, dans le but de mettre au point des OGM et de faire la promotion des engrais, des pesticides, des semences hybrides auprès des petits paysans. Elle s’appuie aussi sur des organismes comme la Fondation Africaine de Technologie Agricole (AAFT) et de projet comme Harvest Plus (Récolte Plus).

A propos de l’annonce d’un partenariat entre le Brésil, le Japon et le Mozambique sur l’amélioration des cultures de riz et de soja, Bill Gates déclarait à RFI, le 5 novembre : « Je suis particulièrement enthousiaste sur la possibilité d’un partenariat triangulaire entre les pays émergents, les donateurs traditionnels et les pays pauvres ».

Les Amis de la Terre se méfient beaucoup plus de ce « commerce triangulaire » comme l’appelle le chercheur toulousain, Jacques Berthelot [3].

Pendant que Bill Gates et sa fondation veulent « nourrir le Mozambique », de nombreuses entreprises, notamment françaises (Tereos), sous couvert de leurs filiales brésiliennes, accaparent des terres au Mozambique. En juillet 2010, les Amis de la Terre France dénonçaient l’accord conclu entre l’Union européenne, le Brésil et le Mozambique : « L’expansion continue des agrocarburants a des conséquences dramatiques non seulement sur l’environnement, mais aussi sur les populations pauvres qui voient leurs subsistances menacées et même leur capacité de se nourrir. Le Mozambique est un pays qui souffre en permanence de la faim. Confisquer des millions d’hectares pour développer des plantations de canne à sucre et de jatropha est immoral et abject. Les agrocarburants ne résoudront ni les problèmes liés aux changements climatiques, ni la sécurité énergétique et la pauvreté au Mozambique. »

Bill Gates ferait mieux d’écouter notre collègue Anabela Lemos de Justicia Ambiental (Amis de la Terre Mozambique) qui explique que : « L’expansion des agrocarburants dans notre pays transforme des zones forestières et naturelles en monocultures énergétiques, confisque des terres agricoles fertiles qui permettaient aux populations locales de produire leur nourriture. Les conditions de travail sont déplorables et les conflits autour des droits de propriété avec les populations locales se multiplient. Ce que nous voulons, ce sont de vrais investissements pour améliorer notre agriculture et pouvoir remplir, non pas les réservoirs des voitures étrangères avec du carburant, mais les estomacs de nos concitoyens avec de la nourriture ».

Il est incroyable de voir avec quel entêtement la Fondation Gates ignore les résultats désastreux de l’agriculture intensive. Comme le dit Pete Riley de GM Freeze : « La Fondation reprend les vieilles recettes d’une agriculture utilisant beaucoup d’intrants et qui a coûté des millions aux pays du Nord en pollutions, érosion des sols, conséquences désastreuses sur la biodiversité au-dessus et dans les sols. En proposant les OGM aux petits paysans, on ne fera que les enfermer dans un système agricole coûteux et en échec, qui ne profite qu’aux multinationales ».

Cette entêtement est d’autant plus incroyable que de très nombreuses études, depuis des années, montrent qu’une autre voie est très prometteuse : l’agroécologie. L’étude la plus importante et d’une ampleur sans précédent est l’Evaluation Internationale des Sciences et des Technologies Agricoles pour le Développement (en anglais IAASTD, International Assessment of Agricultural Science and Technology for Development).

Ce processus participatif international d’évaluation des sciences et des technologies agricoles, à l’instar du MEA (Millenium Ecosystem Assessment) et du GIEC (Groupe Intergouvernemental sur le Changement Climatique) a duré 4 ans, impliquant plus de 400 scientifiques de domaines différents et des 5 continents. L’idée d’une telle évaluation a été lancée en Août 2002 par la Banque Mondiale et la FAO, lors du Sommet Mondial sur le Développement Durable. L’IAASTD s’est achevée par la Conférence Intergouvernementale qui s’est tenue à Johannesburg du 7 au 11 avril 2008.

Les conclusions de cette étude y furent présentées. Elles recommandent une approche agroécologique pour l’agriculture, afin de restaurer les ressources naturelles, comme les sols, la biodiversité, l’eau, et un abandon d’une agriculture basée sur les énergies fossiles, les engrais artificiels et les pesticides [4].

Quant aux OGM, le rapport fait preuve d’une grande réserve, même si les choses sont dites dans un langage très diplomatique : « Le rapport propose une évaluation rigoureuse des impacts des biotechnologies, afin de garantir une expertise locale et une capacité des communautés locales à préserver et utiliser tout leur potentiel génétique. Il recommande de mettre l’accent sur les projets de sélection participative et sur l’agro-écologie ».

Malgré tous ces nombreux avis, Bill Gates et sa fondation continuent à soutenir très activement les OGM, aux dépens des vraies solutions. Lorsqu’EuropaBio va organiser son grand show pro-OGM à Bruxelles, on peut s’attendre à y voir la Fondation Bill Gates et de nombreuses « ONG » africaines qu’elle soutient financièrement. Quant aux autres participants, le jeu des devinettes est ouvert…



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