Avis des AT concernant le projet de charte sur les distances d’épandage de pesticides

lundi 30 mars 2020
par  Maitre de la toile
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La Chambre d’Agriculture des Landes lance une concertation sur un projet de charte lié aux distances de sécurité lors des épandages de pesticides. Cette concertation a lieu du 24 mars au 24 avril 2020. Les réponses peuvent être envoyées ici :

https://www.enquetes-publiques.com/Enquetes_WEB/FR/RESUME-E.awp?P1=EP20132

Voici les remarques de notre association

Avis des Amis de la Terre des Landes concernant le Projet de charte d’engagements des utilisateurs agricoles de produits phytopharmaceutiques (en fait pesticides) dans les Landes.

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Remarques AT projet de charte Distance d’épandage des Pesticides

 Propos liminaires

Les Pesticides comprennent :

  • Les produits phytosanitaires, ou phytopharmaceutiques
  • Les Biocides,
  • Les régulateurs de croissances, défoliants, dessicants.

Or, dans les produits achetés par le monde agricole dans les Landes, nous trouvons ces trois catégories. Nous parlerons donc de pesticides. Le terme ’ PESTICIDE ’ est, pour nous, représentatif des produits concernant la charte proposée. Nous ferons plusieurs références aux achats de pesticides dans les Landes.

Pour plus de renseignements, le lecteur pourra consulter nos articles sur le site landais des Amis de la Terre. Le premier concerne les achats par code postal en 2014, 2015, 2016, et 2017 [1]. Le deuxième article complète les données avec les achats en 2018 [2], et propose quelques analyses supplémentaires.

Les distances de protection pour l’épandage proposées par le gouvernement [3]et reprises dans le présent projet de charte sont définies sur la base d’un avis de l’ANSES du 14/06/19 [4].

Les recommandations de l’Anses reposent sur des études incomplètes de 1980 comme précisé dans son avis : ’Dans le document guide l’EFSA, il est précisé que l’évaluation de l’exposition des personnes présentes et des résidents repose sur des données limitées issues d’études effectuées dans les années 1980 et sur les données de l’US EPA. A ce titre, l’EFSA recommande la réalisation de nouvelles études pour affiner l’évaluation proposée.’ . Un autre avis de l’ANSES [5]en date du 17/12/2019 confirme les recommandations, mais aussi les doutes sur l’imprécision des données, qui bizarrement permettent une affirmation de protection à très faible distance.

 Économie agricole des Landes et d’ailleurs

En dehors de la santé et des atteintes à la biodiversité, nous touchons peut être ici un autre facteur de la problématique. Rappelons quelques faits de première importance. Il est évident que le monde agricole landais ne se porte pas au mieux. Nous constatons :

  • Une addiction forte à la monoculture du maïs (60 % de la SAU)
  • 50 % des agriculteurs landais ont plus de 50 ans
  • La taille moyenne d’une exploitation landaise est de 34 ha
  • 0,2 Mrds d’€ pour le bio, la PAC 9 Mrds d’€. Rapport de 1 à 45
  • L’agriculteur perçoit en valeur ajoutée 5,6€ par 100€ d’alimentation achetée [6].
  • Les coûts liés aux perturbateurs endocriniens s’élèveraient à 157 milliards d’euros par an pour l’Europe [7].

Ces données montrent la grande difficulté des agriculteurs pour passer d’une utilisation des pesticides à une agriculture moderne bio. Beaucoup sont âgés. Les revenus très faibles les contraignent à demeurer dans cette nouvelle forme de métayage des temps modernes. ’Lo Meste ’ est devenu la coopérative agricole, le donneur d’ordre, la banque qui réalise l’endettement. Voir à ce sujet l’émission’ Pièces à Conviction ’ sur France 3 du 25/03/20 [8]

Sur les coûts des pesticides, la part non prise en compte est de loin la plus importante [9].

Une réelle volonté politique d’aide forte est nécessaire pour se passer des pesticides.

Il faut saluer ces agriculteurs de plus en plus nombreux qui font le saut vers cette agriculture bio, malgré les difficultés, le manque de moyens. Nous regrettons que seulement 3 conseillers soient disponibles à la Chambre d’Agriculture des Landes.

 Les pesticides dans les Landes

Les instances publiques Françaises publient depuis peu les données concernant les achats de pesticides par code postal [10]. Le site E-PHY de l’ANSES [11] donne en permanence l’état des homologations et des retraits des différentes molécules de pesticide. C’est sur ces bases que nous avons effectué une partie de nos travaux.

Les pesticides agricoles sont classés en 4 groupes liés à leur type impact préférentiel sur le vivant :

  • N Organique : Substance organique dangereuse pour l’environnement
  • N minéral : Substance minérale dangereuse pour l’environnement
  • T, T+, CMR : Substance toxique, très toxique, Cancérogène, Mutagène, toxique pour la Reproduction
  • Autre

Dans les Landes en 2018, 636 tonnes de pesticides ont été achetés par le monde agricole, réparties dans 852 AMM [12]. Cela comprend à la fois les pesticides de synthèse comme des produits utilisables en agriculture biologique. Ces derniers sont relativement marginaux (≈ 72 t soit 11%).

Chose très étonnante, il peut exister un grand nombre (plusieurs centaines) d’AMM pour la même molécule. Comme disait un célèbre philosophe du siècle dernier : ’Je ne sais pas, on doit en manger’.

Les produits utilisables en bio sont classé ’Autres’, ou ’N minéraux’, mais une petite partie (0,2%) est classée ’T,T+, CMR). Il s’agit de certains dérivés de cuivre.

La consultation du site E-PHY permet de se rendre compte qu’un grand nombre de pesticides voient leur homologation supprimée au fur et à mesure du temps qui passe. Ces retraits portent soit sur la totalité des AMM contenant une molécule soit sur une partie des AMM. Dans ce cas, il peut s’agir d’un composant du pesticide. Par exemple, l’ANSES a procédé au retrait de 126 AMM pour des produits au glyphosate en 2016 à cause d’un adjuvant le ’ POE-Tallowamine ’ et non du Glyphosate. En 2019, l’ANSES procède au retrait de 137 AMM sur les 190 restantes, au titre du Glyphosate seul cette fois.

Ces retraits peuvent dans une moindre mesure affecter des produits utilisables en Bio. Rien n’est parfait, mais l’ordre de grandeur des retraits relatifs y semble beaucoup plus faible.

Comment expliquer que des produits estampillés sans danger deviennent subitement à l’usage dangereux ? Pouvons nous émettre l’hypothèse que les fabricants fournisseurs des études d’homologation y aient une part de responsabilité ? Nous touchons ici du doigt un problème classique de ces AMM bâties sur des données fournisseurs qui ne sont parfois que très peu durables. Bon pour la santé hier, probablement dangereux aujourd’hui, altération avérée de la santé, de la bio-diversité demain. C’est le cercle infernal de l’agro-chimie, et parfois de la pharmacie.

Ces cas de retraits ne sont pas marginaux. Sur les 96 t de Glyphosate achetés en 2018, 87 sont interdites d’utilisation dès 2019. Le pesticide le plus utilisé dans les Landes entre 2014 et 2018 était le Métam-Sodium, avec une moyenne annuelle d’achat de 179 t (28%), il a été interdit d’utilisation le 31/12/18, suite à des intoxications avérées d’agriculteurs entre autre.

Les pesticides anciens avaient des rémanences relativement importantes. Ils ne se décomposaient pas facilement dans le temps. Ils persistent longtemps, et lorsqu’ils sont interdits d’usage, à la suite de la découverte de leur dangerosité (qui n’existait pas, preuves scientifiques à l’appui), leur décroissance mérite d’être suivie.

Les pesticides modernes ont une durée de vie beaucoup plus courte, mais leurs produits de décomposition (métabolites) peuvent être stables, et (ou) aussi dangereux, voir plus. Il convient donc aussi de rechercher les métabolites pertinents des molécules mères.

En fonction de leur composition, les pesticides et leurs métabolites auront des affinités différentes. Les uns se retrouveront dissous dans l’eau, d’autres se stockeront dans les composants organiques donc dans les sols. Les cours d’eau sont de grands vecteurs. En effet, si l’eau transporte les pesticides et métabolites dissous, elle transporte aussi des matières en suspension (MES). Les cours d’eau sont donc des vecteurs de la plupart des pesticides et métabolites.

 Mesures des impacts des pesticides

En industrie, lorsqu’on met en place des procès potentiellement dangereux, la mesure des impacts s’impose. Pour les pesticides, à part quelques inconscients, ou quelques affairistes, c’est aujourd’hui admis par tout un chacun. Pour ce faire, des mesures d’évaluations doivent être mises en place :

  • Avant la mise en œuvre du process pour constituer l’état initial,
  • Dès la mise en route du process pour évaluer les impacts.

En ce qui concerne le devenir des pesticides dans l’environnement, des mesures devraient être faites avec des liaisons au temps adaptées en fonction des mécanismes de dissipations, de stockage, et d’absorption ; et de durée de vie, dans les supports (vecteurs) suivants :

  • Air
  • Sol
  • Eau

Ces mesures, couplées aux durées de vie, et aux lois de décomposition, sont les seules qui permettraient d’évaluer les procédures et distances de protection à mettre en place. Nous ne traiterons pas des pollutions des sols.

 Mesure de l’évolution des pesticides dans l’Air

Dans les Landes, L’ATMO réalise une étude sur les dispersions de pesticides dans l’air. Sur les 5 sites évalués en Nouvelle Aquitaine, le plus au Sud est à Ychoux (dénommé Grands Lacs), dans le nord des Landes. Il se situe dans le domaine des impacts des cultures maraîchères. Le point de mesure serait situé entre 5 et 10 km des cultures (maraîchères et maïs).

Le décompte 2018 indique que 144 AMM différentes ont été achetées sur le Code Postal d’Ychoux,. Ceci correspond à 116 molécules unitaires et 64 t de pesticides. Les 5 molécules les plus utilisées représentent 62 tonnes, soit 97% du total en 2018.

Sur la même période, l’ATMO a recherché la présence 67 de pesticides dans l’air [13]. Parmi ces molécules recherchées, 14 n’étaient plus commercialisées, et permettaient d’évaluer certaines persistances.

Plusieurs curiosités apparaissent à l’étude fine de ces données :

  • 24 soit 36% des molécules recherchées étaient utilisées en 2018 à Ychoux
  • 92 soit 79% des molécules épandues ne sont pas recherchées à Ychoux
  • 24 soit 21% des molécules épandues à Ychoux en 2018 sont recherchées
  • 60 t soit 94% des tonnages épandus en 2018 à Ychoux ne sont pas recherchés

Le Métam-Sodium qui représente à lui seul 87 % des tonnages du code postal d’Ychoux n’est pas recherché. Ce pesticide est interdit depuis le 31/12/18.

Pour les produits détectés à Ychoux par l’ATMO, nous trouvons :

  • L’Acétochlore interdit depuis 2007
  • Lindane interdit depuis 2006
  • Folpel non utilisé à Ychoux pic de 0,2ng/m³.
  • Prosulfocarbe 0,2t et 0,36 % du total mesure : 0,1ng/m³ de cumul moyen hebdomadaire (cmh)
  • Pendiméthaline 0,5t et 0,77 % du total mesure : 0,1ng/m³ de cmh
  • Triallate non utilisé mesure : 0,1ng/m³ de cmh
  • S-Métolachlore 1,9 t et 2,91 % du total mesure : 0,1ng/m³ de cmh

Le bilan ATMO 2018 indique ’ Les sites de Limoges, de Saint-Yrieix-la-Perche et de la CC des Grands Lacs présentent les concentrations les plus faibles. Ceci peut s’expliquer par une faible densité agricole autour des sites. ’. Or, l’entité code postal d’Ichoux est le code postal landais où le tonnage d’achat de pesticides est le plus important du département avec 64 t, et la densité y est la plus forte avec 239Kg/Ha de code postal.

Nous sommes dans la définition même que nous dénonçons pour l’eau potable : Un pesticide non recherché n’est pas trouvé, donc sa présence n’est pas démontrée.

Nous n’avons aucune information sur les volumes /distances entre les épandages, et le point unique de mesure d’Ychoux. Nous pouvons affirmer que la mesure des pesticides dans l’air à Ychoux, n’est absolument pas représentative de la dispersion des pesticides dans ce milieu.

La seule indication utile de l’étude ATMO repose dans le fait qu’elle démontre par ailleurs que les pesticides peuvent être présents loin et longtemps après leur épandage.

 Mesure dans l’eau

80 % de l’eau utilisée dans les Landes l’est pour l’irrigation, essentiellement du maïs. Or 80 000 landais consomment ou ont consommé une eau non conforme pour un seul métabolite, l’Esa-Métolachlore. Ce métabolite pertinent est issu de la décomposition des Métolachlores. Cette molécule appartient à la famille des Chloroacétamides interdits dans les produits de beauté comme perturbateur endocrinien en 2013. On retrouve cette molécule parmi d’autres régulièrement dans les nappes phréatiques destinées à l’eau potable à des profondeurs de plus de 100 m.

Ici aussi la recherche des pesticides laisse fortement à désirer puisque, sur les 20 pesticides les plus achetés dans les Landes en 2018, seulement 6 étaient recherchés dans l’eau potable par l’ARS. Bien que l’ARS y recherche près de 80 pesticides et métabolites. Le métam-Sodium aujourd’hui interdit, le premier pesticide landais en quantité, n’a jamais été recherché.

Le Mancozèbe, 5° pesticide le plus utilisé dans les Landes, n’est pas davantage recherché malgré son classement ’ T,T+, CMR ’. Or, il a la particularité d’avoir un métabolite suspecté d’être encore plus dangereux : L’ETU (Ethyl Thiourée)  [14]. L’ETU a un impact sur la thyroïde [15] Par contre la mesure dans l’Adour par le bassin Adour Garonne est beaucoup plus complète [16].

Le coût de la mesure ne semble pas un obstacle, mais peut être que certains lobbying, ou quelques mauvaises volontés politique... On ne trouve que ce que l’on cherche.

 Conclusion

De tout ceci il ressort :

  • Que l’on est actuellement incapable de tracer les flux et devenir des pesticides et de leurs métabolites pertinents.
  • Que ces pesticides hier parfaitement inoffensifs, peuvent se voir retirer leur AMM du jour au lendemain, rendant ainsi leur innocuité présente dès plus hasardeuse.
  • Que sur le territoire landais, des sols, des cours d’eau, des nappes phréatiques sont fortement pollués, dans la mesure où l’on recherche les polluants.

En conséquence, les limites proposées par cette charte sont irrecevables. La solution c’est, dans l’urgence, la mise en agriculture biologique de toutes les parcelles contiguës à des locaux recevant ou abritant des personnes. Et très rapidement la fin de l’usage généralisé des pesticides.

C’est un choix politique crucial. L’impact du Covid 19, le déroulement de sa gestion de crise doivent nous servir d’exemple sur les effets possibles de ces bombes à retardement.



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Dossier de référence état
Dossier de référence état
Projet de charte
Projet de charte

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